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Les commandes publiques AA A

Les Deux Pigeons

Ensemble de sculptures illustrant la fable de Jean De Lafontaine.         

2002; Acier inoxydable.

Site : Pigeonnier de Pavant, Aisne.

 

Œuvre crée dans le cadre Du Labyrinthe Fabuleux.
Composé de plusieurs fables de Lafontaine, chacun illustré dans un village différent autour de Château-Thierry.

             
Note sur la fontaine : Les deux pigeons sont réunis sur une vieille fontaine faisant partie des fermes de jadis.

Il a été restauré pendant la restauration du pigeonnier, et remise en eau. Il est, maintenant, le perchoir permanant des Deux Pigeons réuni pour toujours.

L’ensemble des mésaventures du pigeon, qui quitte son ami pour voir le monde, est raconté à l’intérieur du pigeonnier.

L’histoire commence par l’envol du pigeon du pigeonnier, et se termine par les deux amis retrouvés sur la fontaine.

 

M’emparer de la fable de Jean de la Fontaine « Les Deux Pigeons » m’a entrainé vers un territoire que je n’avais jamais exploré auparavant : celui de servir l’œuvre d’un grand écrivain, plutôt que de lui rendre hommage grâce à une expression
censément d’égale à égal.

J’ai choisi de participer à ce projet-concours connu sous le nom du « Labyrinthe Fabuleux ». Cette célébration de l’œuvre de Jean de la Fontaine impliquait plus de 30 petites villes aux alentours de Château Thierry, le lieu de naissance de La Fontaine. Chaque ville a choisi une de ses fables à illustrer dans la ville ou sur le site de la laverie récemment restaurée, dans laquelle la façon traditionnelle de faire la lessive impliquait des pierres, ainsi que des hangars de tailles et de formes différentes.

Parmi ce thème unifiant – les laveries – Pavant était une exception. Elle n’a pas de laverie historique, mais par contre la ville possède un lieu tout à fait historique : un pigeonnier datant du 16eme siècle, tout ce qui demeure d’un château, détruit depuis
longtemps, appartenant au Duc de Bourgogne. Il semblait tout à fait naturel que Pavant ait choisi la fable « Les Deux Pigeons ».

J’ai adoré le pigeonnier dés l’instant que je l’ai vu, sa grandeur solide quoique élimée, accentuée par la vieille fontaine paysanne légèrement inclinée située devant. A l’intérieur, la splendeur de la structure en bois massif (du châtaigner :
un bois qui refuse d’abriter les termites), à partir de laquelle le toit conique, m’a rappelé l’attention que la ville souhaitait lui conférer. Au cours de la présentation du concours, chaque ville exprimait les aspects de la ville et de la fable qui lui semblait convenir le mieux, et ses premières impressions au sujet des matériaux que l’artiste pourrait utiliser.

En regardant toutes les conditions de Pavant impliquées dans leur choix des « Deux Pigeons », l’action présumée du sculpteur – c'est-à-dire symboliser par son propre travail créatif, le message fondamental de La Fontaine dans cette fable – était remise
en question. Je me suis senti détachée de cette idée classique par la grande beauté de l’écriture de La Fontaine. Celle-ci m’a si fortement impressionnée que je pensais que ce serait dévalorisant et d’une certaine façon ridicule, de proposer un travail en
concurrence directe, quoique parallèle, avec le sien.

Alors j’ai décidé de raconter l’histoire plus simplement. La haute fenêtre du pigeonnier serait utile aux pigeons de La Fontaine comme elle l’avait été pour des centaines d’autre sujets semi-royaux. On verrait notre pigeon de très loin s’envoler
vers ses aventures, et encore plus avantageusement en entrant dans la mairie.
D’un seul regard, on verrait réunis, sur la vieille fontaine fermière à plusieurs niveaux, les deux pigeons-amis nous rappelant le prix d’une amitié triomphale. L’œil serait sollicité avec l’immédiateté du début et de la fin de la fable. Les mésaventures du voyageur seraient montrés à l’intérieur du pigeonnier, accompagné de la récitation talentueuse de la fable par Nancy Knezevic.

Devant moi s’étendait l’horizon du conteur. C’est ainsi que cela devait apparaître à La Fontaine lui-même. Donc, il semblerait que j’ai choisi de le concurrencer – on ne peut échapper à ce mot – en tant que conteur, bien qu’au moyen de sa fable, plutôt que comme une concurrente narcissique. L’expérience fut infiniment gratifiante, rendu possible uniquement grâce à la splendeur de la langue de La Fontaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Deux Pigeons (Jean de Lafontaine)

Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre. 
L'un d'eux s'ennuyant au logis 
Fut assez fou pour entreprendre 
Un voyage en lointain pays. 
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ? 
Voulez-vous quitter votre frère ? 
L'absence est le plus grand des maux : 
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux, 
Les dangers, les soins du voyage, 
Changent un peu votre courage. 
Encor si la saison s'avançait davantage ! 
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau 
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau. 
Je ne songerai plus que rencontre funeste, 
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut : 
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, 
Bon soupé, bon gîte, et le reste ? 
Ce discours ébranla le coeur 
De notre imprudent voyageur ; 
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète 
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point : 
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ; 
Je reviendrai dans peu conter de point en point 
Mes aventures à mon frère. 
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère 
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint 
Vous sera d'un plaisir extrême. 
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ; 
Vous y croirez être vous-même. 
A ces mots en pleurant ils se dirent adieu. 
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage 
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. 
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage 
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage. 
L'air devenu serein, il part tout morfondu, 
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie, 
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu, 
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie : 
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las, 
Les menteurs et traîtres appas. 
Le las était usé ! si bien que de son aile, 
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin. 
Quelque plume y périt ; et le pis du destin 
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle 
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle 
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé, 
Semblait un forçat échappé. 
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues 
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues. 
Le Pigeon profita du conflit des voleurs, 
S'envola, s'abattit auprès d'une masure, 
Crut, pour ce coup, que ses malheurs 
Finiraient par cette aventure ; 
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié, 
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié 
La volatile malheureuse, 
Qui, maudissant sa curiosité, 
Traînant l'aile et tirant le pié, 
Demi-morte et demi-boiteuse, 
Droit au logis s'en retourna. 
Que bien, que mal, elle arriva 
Sans autre aventure fâcheuse. 
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger 
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. 
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? 
Que ce soit aux rives prochaines ; 
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau, 
Toujours divers, toujours nouveau ; 
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ; 
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors 
Contre le Louvre et ses trésors, 
Contre le firmament et sa voûte céleste, 
Changé les bois, changé les lieux 
Honorés par les pas, éclairés par les yeux 
De l'aimable et jeune Bergère 
Pour qui, sous le fils de Cythère, 
Je servis, engagé par mes premiers serments. 
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ? 
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants 
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ? 
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer ! 
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ? 
Ai-je passé le temps d'aimer ?